| Une association de taille modeste: voilà ce que je recherchais
pour effectuer mon stage de six semaines durant l’été. Dans
la perspective de mon mémoire de fin d’études, je souhaitais
travailler au sein d’une association se consacrant à la défense
des droits de l’Homme et à la lutte contre le racisme.
J’ai décidé de contacter Mémoire 2000 après
avoir eu connaissance de ses activités au cours d’une de mes démarches
en province auprès d’un Centre de renseignement et d’information
pour les jeunes. Une fois ma candidature acceptée à la suite
d’un courrier et d’un entretien téléphonique, un programme
a été élaboré avec les responsables de l’association.
Ce stage devait essentiellement aider Mémoire 2000 dans ses travaux
(principalement de secrétariat et de préparation des dossiers
Festival et Cinéma) et à réfléchir à
la formulation précise du sujet de mon projet d’études. Après
m’avoir fourni des renseignements sur le fonctionnement, les décisions,
les actions et le financement de l’association, Mémoire 2000 m’a
confié une mission principale : faire l’inventaire le plus complet
possible des sites négationnistes et anti-négationnistes
existant actuellement sur le web. J’ai donc navigué à la
recherche des sites concernés.
Mon exploration s’est avérée rapidement fructueuse. En
trois semaines j’ai répertorié près de soixante-dix
sites révisionnistes et trente anti-négationnistes. La vérification
de toutes les adresses a constitué la part la plus difficile de
ce recensement sur Internet. Ce nouveau support d’information représente
sans doute un mode de diffusion inespéré pour le négationnisme
: la coïncidence entre la date de création de la majorité
de ces pages et l’essor foudroyant du net au milieu des années 90
en est un des éléments les plus révélateurs.
Analyser en quelques phrases l’ensemble des recherches effectuées
n’est pas chose aisée. Internet renferme de nombreux "rings" fédérant
un groupe de sites sur un même thème. Les révisionnistes
n’échappent pas à la règle. Malgré la
revendication d’une appartenance à un même courant historique,
les différents "rings" regroupent aussi bien des sites islamistes,
afro-américains, pseudo-scientifiques ou encore néo-nazis.
Internet était parvenu à brouiller mes repères : brusquement
les sites anti-négationnistes devenaient "exterminationnistes" et
le Front National s’alliait à Louis Farrakhan et Radio Islam.
La polémique entre révisionnistes et militants anti-racistes
n’est pas non plus absente. Un débat électronique oppose
actuellement un "Comité pour un débat ouvert sur l’Holocauste"
(négationniste) et le Projet Nizkor (anti-négationniste).
La plupart des pages d’histoire révisionniste utilisent également
les articles de leurs opposants. Des rubriques entières sont consacrées
à la présentation des attaques lancées contre eux.
Ainsi, les lecteurs de Renaud Camus ont fait le choix de placer l’article
de Daniel Schneidermann « Le jour où j’ai dérivé
dans l’univers des parias » publié le 29 août dernier
dans Le Monde en tête de liste des "documents et articles
relatifs à l’affaire". Attention! les théoriciens racistes
ou révisionnistes prennent rarement la parole! Par ailleurs, se
poser en martyrs reste la stratégie la plus efficace. Enfin, se
ranger derrière l’image acceptable de défenseurs de la liberté
d’expression est, par sa facilité, adoptée par la plupart
des sites concernés.
En conséquence, interdire ou condamner publiquement ces sites
n’est-ce pas servir leur cause? Peut-on contrôler Internet? Telles
sont certaines des questions posées lors du micro-trottoir aux personnes
rencontrées au hasard de ma marche dans Paris. Cette enquête
réalisée en moins d’une semaine reste une expérience
originale. La spontanéité des réponses récoltées
permet de sonder rapidement l’étendue des connaissances sur un sujet
déterminé. Le plus surprenant ne réside pas dans un
manque de références mais dans la dénomination et
l’utilisation du concept de négationnisme. Le terme de révisionnisme
semble beaucoup plus répandu et immédiatement associé
à l’extrême droite.
Racisme, rôle de l’éducation et mobilisation deviennent
alors récurrents. La condamnation des propos négationnistes
est unanime mais les opinions se modèrent dès que la question
du web est abordée. L’évocation d’éventuelles limites
à la liberté d’expression rend le débat plus complexe
encore. Cette enquête de rue doit néanmoins être placée
sous le signe d’un optimisme certain quant à l’enseignement et au
rôle de l’éducation en matière de lutte contre toute
falsification de l’histoire. Une fois le débat lancé sur
le problème Internet, la menace des sites négationnistes
apparaissait secondaire face à la prolifération des sites
pédophiles. L’urgence n’est pas du côté de l’antisémitisme
au regard de l’opinion .
Mes recherches à la fois sur le net et dans la rue ont
comblé mes nombreuses lacunes mais elles ne sont pas parvenues à
me convaincre qu’il existe un moyen efficace contre la diffusion de ces
messages. Ces sites sont dangereux mais leur impact serait plus limité
s’ils ne trouvaient pas un écho démultiplié par les
médias. |